Le 7 octobre 2026, Porsche a réuni investisseurs et analystes au centre de développement de Weissach pour son Capital Markets Day. Le plan présenté porte un nom allemand qui se traduit mal : « Sportwagenschmiede ’35 », la forge de voitures de sport à l’horizon 2035. L’image est artisanale. Le contenu, lui, est très comptable : moins de variantes, des prix moyens plus élevés en haut de gamme, des coûts en forte baisse et un point mort ramené sous les 200 000 voitures vendues par an.
Ce seuil n’a rien de théorique. Porsche a livré 178 532 voitures sur les neuf premiers mois de 2026, soit 16 % de moins qu’un an plus tôt. Le constructeur veut rester rentable à ce niveau de volume, et il le dit sans compter sur un rebond chinois : ses prévisions pour la Chine sont qualifiées de « très conservatrices » dans le communiqué.
Des objectifs financiers chiffrés
À moyen terme, la cible est une marge opérationnelle du groupe comprise entre 10 et 15 %, et une marge de flux de trésorerie nette de l’activité automobile entre 9 et 12 %. À long terme, Porsche vise 15 % et 12 %. Le chiffre d’affaires attendu à moyen terme se situe entre 41 et 45 milliards d’euros. Pour mémoire, la marge opérationnelle du premier semestre 2026 était de 7,8 %.
Le haut des fourchettes suppose, de l’aveu même du constructeur, un contexte plus favorable. Les investissements et la R&D, attendus à leur pic en 2026, doivent ensuite reculer nettement.
Plus cher, plus exclusif, moins de déclinaisons
La partie produit tient en quelques chiffres. Environ 20 % de variantes en moins dans la gamme, pour vendre environ 30 % de voitures en plus par variante. Un prix de vente moyen des modèles haut de gamme en hausse d’environ 20 % à moyen terme. Une part des segments D et E, les catégories supérieures, augmentée d’environ 45 %.
La personnalisation change de statut. Porsche veut multiplier par six les ventes de son programme Sonderwunsch, celui des commandes sur mesure et des pièces uniques. Trois activités sont regroupées sous l’appellation « Home of Sports Cars » : Performance (Manthey compris), Exclusivité (Sonderwunsch et Exclusive Manufaktur) et Héritage. La participation dans Manthey Racing passe à 67 %, ce qu’un communiqué séparé a confirmé le 8 octobre. L’offre commune doit couvrir les kits performance, les expériences sur circuit et des séries « few-off » produites à quelques exemplaires. Contexte dans notre dossier sur la personnalisation chez Porsche donne le contexte.
Pour les amateurs de 911, une phrase pèse plus que les autres : l’offre 911 du segment D sera renforcée par des dérivés « hautement émotionnels ». Aucun nom, aucune date. Au-dessus de la 911, Porsche annonce le développement d’une plateforme de supersportive à moteur central, destinée à une nouvelle gamme. Un premier aperçu est programmé pour le 15 octobre 2026, présenté dans le communiqué sous le nom de Porsche Mission S. Difficile de ne pas penser à la 918 Spyder.
718 électrique en 2028, nouveau petit SUV thermique
Le calendrier des 718 Boxster et Cayman électriques se précise : 2028 doit être leur première année pleine de production. Michael Leiters avait confirmé le projet en août dans la presse allemande. La même année, Porsche présentera un SUV du segment B, vendu en parallèle du Macan électrique actuel mais proposé en thermique et en hybride rechargeable. Il doit peser sur les ventes à partir de 2029.
La stratégie à trois motorisations est maintenue. Le constructeur annonce des investissements dans des moteurs thermiques et hybrides propres à la marque ainsi que dans la prochaine génération de batteries. La coopération avec Audi sur les plateformes PPE et PPC s’intensifie.
La facture côté organisation
Le volet coûts est lourd. Jusqu’à 20 % de baisse des coûts de développement des futures gammes. Jusqu’à 30 % sur les coûts de personnel en production. Moins 20 % sur les frais de vente et de distribution, avec le passage de cinq à quatre régions commerciales engagé dès septembre. Environ 10 % d’économies sur les coûts matière des nouveaux projets par rapport aux plans précédents. Porsche Engineering et Porsche Digital fusionnent pour former Porsche Technologies.
Les postes d’encadrement doivent diminuer de 40 % à moyen terme, l’effectif des fonctions directes et indirectes de 25 %, avec un objectif stratégique de 30 %. Le communiqué rappelle que le Future Package signé avec les représentants du personnel prévoit une réduction socialement acceptable de 9 000 emplois et garantit l’emploi du noyau des effectifs jusqu’en 2035. Un programme d’actionnariat salarié sera proposé aux instances pour 2028.
« L’objectif ultime est de renforcer encore notre marque de voitures de sport unique, sur toutes les gammes et avec de nouveaux modèles très désirables dans des segments à forte marge », résume Michael Leiters, président du directoire.
Le communiqué parle aussi d’accentuer « l’ADN de la 911 » dans toutes les gammes. Pour qui suit la 911, c’est la donnée la plus concrète du dossier : la voiture reste l’étalon de la marque, et c’est autour d’elle, et au-dessus d’elle, que Porsche compte gagner sa marge. Les dérivés promis n’ont encore ni nom ni fiche technique.
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