Zéro licenciement sec jusqu’en 2035, et 2,1 milliards d’euros investis sur les sites de Zuffenhausen et Weissach d’ici la même échéance. L’accord signé fin juillet entre le directoire de Porsche AG et le comité d’entreprise central, avec IG Metall et l’association patronale Südwestmetall, fixe le cadre social et industriel de la marque pour la prochaine décennie. Objectif affiché : renforcer la compétitivité de Porsche tout en préservant l’essentiel des emplois sur les deux sites historiques.
Le « Future Package » repose sur un équilibre : en échange de la protection de l’emploi et du site jusqu’en 2035, avec exclusion des licenciements contraints sur cette période, les salariés et l’encadrement acceptent un paquet de mesures destiné à réduire les coûts de personnel et à gagner en flexibilité et en productivité. Concrètement, 3,5 % des augmentations salariales collectives actuelles et futures seront différées jusqu’en 2035 pour les collaborateurs couverts par la grille de rémunération propre à Porsche. L’encadrement supérieur et la direction renonceront, en 2027 et 2028, à une part équivalente de l’augmentation de leur rémunération de base.
La prime de Noël est également revue : la part volontaire versée par l’entreprise passera de 45 % à 5 % d’ici 2035, ce qui ramènera cette prime d’un mois de salaire au maximum à 60 % d’un mois de salaire. Le versement volontaire exceptionnel sera à l’avenir davantage indexé sur les résultats et la rentabilité de l’entreprise. Le télétravail sera plafonné à huit jours par mois, contre douze aujourd’hui. D’autres ajustements concernent les modalités de pause et les cycles de production.
Le texte prévoit aussi une réduction, socialement responsable selon les termes de l’accord, de 5 000 postes supplémentaires d’ici 2035. Elle doit s’opérer principalement par départs naturels, effets démographiques, extension du dispositif de retraite progressive et accords de rupture volontaire. En contrepartie, les adhérents d’IG Metall bénéficieront d’un jour de congé supplémentaire par an et d’un bon d’achat de 200 euros annuel. Tous les salariés recevront en août 2026 une prime de transformation de 1 500 euros ; pour les adhérents syndiqués, elle grimpe à 1 911 euros avec la majoration de 411 euros liée à l’adhésion.
Le directeur général Michael Leiters présente cet accord comme la base de la stratégie « Sportwagenschmiede 35 » du groupe, dont les détails seront présentés lors d’une journée investisseurs le 7 octobre. Ibrahim Aslan, président du comité d’entreprise central, reconnaît que peu de monde aurait parié, dans le contexte actuel, sur un accord courant jusqu’en 2035. Il insiste sur l’effort partagé entre les parties et sur la nécessité, désormais, de mettre en œuvre le texte conjointement avec la direction. Tamara Hübner, d’IG Metall Stuttgart, y voit la preuve qu’une transformation industrielle peut se négocier avec des comités d’entreprise forts et une main-d’œuvre syndiquée, tout en rappelant que l’entreprise porte désormais la responsabilité de tenir ses engagements d’investissement.
L’accord doit permettre, selon Porsche, de maintenir la production des sportives deux portes à Zuffenhausen sur la durée, d’étendre le volume du programme de personnalisation Sonderwunsch et de concentrer le développement de toutes les gammes à Weissach. Deux sites qui portent l’histoire industrielle de la marque depuis ses débuts.
Zuffenhausen n’est pas un site industriel comme un autre pour Porsche : c’est là que la marque a posé ses bases après-guerre, dans la continuité des tout premiers pas de l’entreprise dans l’automobile. Un ancrage industriel qui remonte directement à l’héritage laissé par Ferdinand Porsche et repris par Ferry Porsche à la sortie de la guerre. Cette capacité à négocier des compromis sociaux de grande ampleur sans renoncer à ses gammes sportives s’inscrit dans une trajectoire d’entreprise construite sur plusieurs décennies, faite d’adaptations répétées plutôt que de ruptures brutales.
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