Moins de voitures, moins de chiffre d’affaires, et pourtant un résultat qui remonte nettement. C’est le paradoxe des comptes publiés par Porsche AG le 27 octobre 2026 pour les neuf premiers mois de l’année. Le constructeur a encaissé 25,28 milliards d’euros de chiffre d’affaires, contre 26,86 milliards un an plus tôt, soit un recul de 5,9 %. Le résultat opérationnel atteint 1,74 milliard d’euros. Sur la même période de 2025, il plafonnait à 0,04 milliard.
Ce grand écart s’explique d’abord par la base de comparaison. En 2025, Porsche avait passé environ 2,7 milliards d’euros de charges liées à sa réorientation stratégique. Sur 2026, le communiqué les estime à environ 500 millions pour l’ensemble de l’année. La marge opérationnelle passe ainsi de 0,2 % à 6,9 %.
Un troisième trimestre plus modeste
Isolé, le troisième trimestre est moins flatteur que le cumul. Selon les chiffres relayés par l’agence dpa-AFX le jour de la publication, le chiffre d’affaires du trimestre recule de 7,5 % à 8,05 milliards d’euros. Le résultat opérationnel s’établit à 387 millions d’euros, après une perte de 966 millions au troisième trimestre 2025. La marge trimestrielle ressort à 4,8 %, conforme aux attentes selon l’agence, qui note que les analystes espéraient un chiffre d’affaires et un résultat légèrement supérieurs.
Le calcul se recoupe avec le premier semestre. Fin juillet, Porsche avait annoncé un résultat opérationnel de 1,35 milliard d’euros et une marge de 7,8 % sur six mois, comme nous l’avions détaillé dans notre article sur les résultats du premier semestre 2026. Le troisième trimestre ajoute donc un peu moins de 400 millions, avec une rentabilité en retrait par rapport au printemps.
La trésorerie, vrai point fort du trimestre
Le flux de trésorerie net de l’activité automobile grimpe à 2,50 milliards d’euros sur neuf mois, contre 1,34 milliard un an plus tôt. La marge correspondante double presque, de 5,6 % à 11,3 %. La liquidité nette de la division automobile s’élève à 8,23 milliards d’euros au 30 septembre, en hausse de 884 millions par rapport à fin 2025.
Une grande partie de ce bond vient d’une opération ponctuelle : la vente des participations de Porsche dans Bugatti Rimac et dans le groupe Rimac, finalisée en septembre. Elle a généré une plus-value de 593 millions d’euros et une rentrée de trésorerie de 984 millions pour le groupe.
Sans elle, le tableau serait plus serré. Le communiqué liste les charges exceptionnelles qui ont pesé sur la trésorerie automobile au troisième trimestre :
- 100 à 200 millions d’euros pour la réorientation stratégique ;
- 250 millions d’euros de financement complémentaire des engagements de retraite ;
- 200 millions d’euros de charges liées aux droits de douane américains.
La cession de MHP à Tata Consultancy Services, signée en août, n’est pas encore bouclée. Porsche attend sa finalisation dans un délai de douze mois.
Des livraisons toujours en baisse
Côté volumes, rien de nouveau par rapport aux chiffres annoncés le 9 octobre : 178 532 voitures livrées à fin septembre, contre 212 509 un an plus tôt, soit 16 % de moins. L’Amérique du Nord reste la première région avec 56 088 unités. Le détail par modèle, avec la 911 seule gamme en progression, figure dans notre analyse des livraisons à fin septembre.
La part des modèles 100 % électriques recule à 21,7 % des livraisons, contre 23,1 % un an plus tôt. L’objectif annuel confirmé se situe entre 24 et 26 %. L’écart devra donc être comblé sur le dernier trimestre.
En Chine, le constructeur maintient son approche « Value over Volume » : il privilégie la valeur de la marque à long terme plutôt que les volumes immédiats, dans un marché qu’il qualifie toujours de difficile.
Prévisions 2026 inchangées
Porsche confirme l’ensemble de ses objectifs annuels :
- chiffre d’affaires du groupe entre 35 et 36 milliards d’euros ;
- marge opérationnelle du groupe entre 5,5 et 7,5 % ;
- marge EBITDA automobile entre 15 et 17 % (17,3 % à fin septembre) ;
- marge de flux de trésorerie net automobile entre 5,5 et 7,5 %, fourchette relevée en septembre après la vente des participations Rimac.
« Nous mettons en œuvre notre réorientation stratégique de manière conséquente et à un rythme soutenu », déclare Michael Leiters, président du directoire. Son directeur financier, Jochen Breckner, insiste sur la solidité du bilan : « Même dans un environnement de marché difficile, Porsche se montre financièrement robuste. »
La Bourse a plutôt bien accueilli les chiffres. D’après dpa-AFX, l’action gagnait 2,8 % à 42,49 euros peu après l’ouverture le 27 octobre, tout en restant en baisse d’environ 7 % depuis le début de l’année. José Asumendi, analyste chez JPMorgan, y voyait « un trimestre solide » confirmant la dynamique positive du groupe.
Le fond du dossier reste la stratégie « Sportwagenschmiede ’35 » présentée début octobre à Weissach : moins de variantes, plus de rentabilité par voiture, des coûts réduits. Le communiqué y fait référence, tout comme au modèle de vision Mission S. Pour le détail des objectifs à moyen terme, voir notre article consacré à la stratégie jusqu’en 2035.
Les comptes annuels 2026 diront si la marge tient dans la fourchette annoncée une fois la plus-value Rimac digérée.
Sources : Porsche Newsroom, communiqué du 27 octobre 2026 ; dpa-AFX via Der Aktionär, 27 octobre 2026.
Laisser un commentaire