Flachbau RS : Porsche transforme une 911 GT2 RS unique en hommage routier à la 935 Moby Dick

Quinze mois de spéculations, une réponse le 14 août. Quand Porsche a déposé les appellations « Flachbau » et « Flachbau RS » en mai 2025, le petit monde des initiés s’est enflammé sans savoir ce qui se préparait. On connaît désormais l’objet du secret : un exemplaire unique, homologué pour la route, construit par le département Sonderwunsch autour d’une 911 GT2 RS de 2018 dotée du Pack Weissach, quasiment neuve au moment de sa transformation.

Le cahier des charges du client tenait en une phrase : encore plus de performance, un avant de Flachbau et un aileron dans l’esprit de la 911 GT3 R rennsport. Presque trois ans de travail ont suivi, menés par une équipe réunissant le Sonderwunsch, Style Porsche, des ingénieurs de Weissach, Porsche Motorsport et Manthey.

Le résultat porte un blanc Grand Prix développé spécialement pour ce projet, calé sur une 911 historique de la collection Porsche. Sur le capot, un motif en U inversé par rapport aux bandes de la GT2 RS de série cite la livrée Martini de la 935/78, ce prototype du Mans à la silhouette étirée que le paddock avait surnommé Moby Dick. Le dessin est signé Grant Larson, sollicité malgré son départ en retraite : l’Américain avait déjà tracé la 935 hommage de 2018, produite à 77 exemplaires avec ses 700 ch.

Ailes plates, phares en étages

Les ailes avant abaissées, ajourées de persiennes qui ventilent les passages de roue, changent entièrement le regard de la voiture. À la place des optiques rondes, trois modules LED superposés : à peine quatre centimètres de hauteur pour les feux de croisement et de route, moins de deux pour les feux de jour. Le bouclier avant a été redessiné de zéro, la trappe à carburant et son mécanisme adaptés à la nouvelle ligne d’aile, et de discrets flaps noirs Manthey soignent l’appui à l’avant.

À l’arrière, l’aileron aux montants en S s’inspire de celui de la 911 GT3 R rennsport, rehaussé d’environ cinq centimètres. Réglable à la main sur trois positions, un dispositif breveté, il génère 554 kilos d’appui sur l’essieu arrière à 340 km/h dans sa configuration la plus agressive. Deux à trois pour cent de mieux, selon le réglage, qu’une GT2 RS équipée du kit Manthey.

La chasse au poids complète le tableau : 31,6 kilos de moins sur une base qui n’avait pourtant plus grand-chose à donner. Le PCM a cédé sa place à un rangement gainé de cuir, le système audio a disparu, les isolants phoniques et les moquettes aussi. Derrière les sièges, la tôle nue peinte en blanc Grand Prix évoque les voitures de course, et le faisceau électrique refait à neuf court à découvert, débarrassé de ses fils devenus inutiles. Le triangle et l’anneau de remorquage, obligatoires sur route, logent dans une boîte amovible que l’on sort de la voiture avant de rouler sur circuit.

Validé comme un modèle de série

Trois véhicules d’essai ont été construits pour le programme. Simulations de crash et de déploiement d’airbags, calculs aérodynamiques, banc vibratoire et sacs de sable pour l’aileron, puis soufflerie, tunnel d’éclairage, roulages sur l’aérodrome de Mendig et 50 tours de Nordschleife : l’aileron a encaissé l’équivalent d’environ 150 000 kilomètres d’utilisation client. « Sur la Nordschleife, on voit immédiatement si un concept aérodynamique fonctionne proprement », résume l’essayeur Lars Kern, qui décrit une voiture restée « extrêmement stable et précise même à très haute vitesse ». Le prototype camouflé aperçu au Ring pendant les essais avait dépassé les 100 000 vues en quelques heures sur les réseaux sociaux.

Ce one-off s’inscrit dans une double filiation. Celle du sur-mesure d’usine d’abord, une tradition Porsche qui remonte aux premières demandes spéciales et que le programme Sonderwunsch a relancée. Celle du nez plat ensuite : entre 1982 et 1989, l’usine a vendu 948 exemplaires de la 911 Turbo type 930 à ailes plongeantes et phares escamotables, aujourd’hui recherchés parmi les Porsche les plus rares. Quant à la 935 qui inspire l’ensemble, dérivée de la 930 et pur produit de la lignée turbo de la marque, elle a remporté quatre titres consécutifs au championnat du monde des marques et s’est imposée à Sebring, à Daytona et aux 24 Heures du Mans.

Manthey, partenaire technique du projet, apporte sa propre légitimité : sept victoires au général aux 24 Heures du Nürburgring, six victoires de classe au Mans et huit titres en championnat du monde d’endurance. « Notre objectif était de réinterpréter le look iconique de la 935 sans compromis sur la sécurité, la technique ou l’homologation routière », résume Alexander Fabig, responsable de l’individualisation chez Porsche. Mission remplie, pour un seul client.


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